Gnanki Dokoto – Le retour aux sources #30parcours

Capital Initiative revient sur la carrière de Gnanki Dokoto, l’une des 30 entrepreneurs :

portrait de Gnanki Dokoto 30 parcours d'entrepreneursC’est dans son Bénin natal que Gnanki Dokoto crée sa première entreprise, à 16 ans. En douce, à l’insu de
ses parents fonctionnaires, elle vend du prêt-à-porter, des chaussures, des sacs à mains. « Je suis habitée par une rage de réussir. Aucun patron ne peut imaginer qu’un salarié puisse avoir une telle rage, une telle passion pour son travail. Alors, j’ai développé mon propre business : c’était l’unique voie possible pour exprimer ma passion. Je n’ai aucune notion de management. Je gère mon entreprise avec ce que j’appelais à l’époque le cahier de la honte : un cahier d’écolier où j’inscrivais les recettes et dépenses engagées. »
En 2005, après le Bac, consciente des limites de son pays, elle quitte le Bénin, s’installe à Alger. Son entreprise y représente une marque suédoise. Elle découvre le management d’une véritable entreprise, fini le cahier de la honte. Elle met en place un processus de développement des affaires.
Elle s’adapte très rapidement. À nouveau l’espace lui semble trop étroit. Lors d’un voyage au Sénégal, c’est un coup de foudre pour le pays… et encore plus pour le voyagiste. Elle repart à zéro. Elle cède sa société algéroise à un associé.
Au Sénégal, elle s’associe avec des femmes dans des domaines aussi divers que l’agriculture, l’esthétique, la cuisine ou l’éducation. Elle décroche un master en management. Elle rencontre des porteurs de projets entrepreneuriaux, transforme l’idée en entreprise, en prend la gérance. Quand l’activité est sur les rails, elle cède ses parts. Le processus lui paraît évident, voire banal. Inconsciemment, elle se forge au métier de conseillère en développement d’entreprises sur le continent africain.

En 2011, elle s’interroge. « Tout ce que je touche fonctionne ! Et si cela s’arrêtait ? » Elle en parle à son mari, Xavier Bourdet, qui lui répond : « Tu es une femme forte. Ton dynamisme et ton sale caractère sont les atouts de ton business. Les PME devraient te consulter avant de s’aventurer en Afrique. » Elle en parle à son mentor, Mensah Bernard, ancien consultant de la banque mondiale. Il l’aide à révéler son potentiel.

« Tu aimes organiser. La création d’entreprise coule dans tes veines. Tu y mets tout ton coeur. Il faut que tu oeuvres sans t’impliquer, ni financièrement, ni dans la gestion directe. »

Attirée par la France, elle s’installe en Picardie. Elle pense alors pouvoir apporter son expertise aux entreprises. Les premiers contacts sont décevants. « Une Africaine qui veut conseiller les entrepreneurs français, ce n’est pas crédible! Je ne baisse pas les bras pour autant. » Elle s’associe à la société, Five Conseil, et devient la première femme de couleur dans le réseau. Une bataille de gagnée. Ses expériences de terrain et ses valeurs humaines crédibilisent son expertise de l’Afrique. Son dynamisme et son sens de l’organisation l’ont amenée à construire, piloter et négocier des partenariats. « J’accompagne les entreprises en mobilisant des experts autour du projet. » Elle est désormais à la tête de GDB consulting, une entreprise spécialisée dans le conseil aux entreprises souhaitant s’installer ou se développer en Afrique. « Notre mission est de renforcer la stratégie de développement des opérateurs économiques en Afrique, puis de les accompagner dans la mise en oeuvre des projets. Ce continent est très attractif, sans doute la Chine de demain. Que ce soit une TPE ou une grande entreprise, j’apporte une solution concrète et adaptée.

« Je me donne à 100 % pour l’entreprise. Esclave par passion ! »

dit-elle avec le sourire. La société emploie un salarié et deux alternants et fait appel à une vingtaine d’experts. En parallèle, elle développe une filiale de recherche de financement par le crowdequity destinée à mettre en relation entreprises et investisseurs.

« Le manque de fonds propres est toujours le frein au développement des entreprises. Pourquoi le producteur de coton, de cacao, d’arachide ou du manioc d’Afrique n’aurait pas une entité en Europe, en Asie, ou en Amérique avec le concours d’un associé ou d’un investisseur ? »

Son discours vis-à-vis des créateurs d’entreprise est constant :

« Méfiez-vous du sourire de l’administration, de votre banquier. Il faut toujours avoir à l’esprit que plus de la moitié de ce que tu gagnes ne t’appartient pas. Les factures viennent très vite (Urssaf, charges, impôts). L’entrepreneuriat, c’est plus de devoirs que de droits. En Afrique, on appelle l’administration “la bombe”. Les subventions et les aides sont utiles, mais n’oubliez pas que le coup de massue n’est jamais loin. Quel que soit le continent, entreprendre est un combat. »

« Les Français n’ont pas la culture de l’entreprise. Les entreprises familiales deviennent rares. Elles ne se transmettent plus d’une génération à l’autre. La création d’entreprise est un moyen de vivre dignement de son travail. Le pays où les entrepreneurs sont les plus nombreux est l’Ouganda ! Les Français seraient-ils encore trop riches pour se lancer ? »

Plus de 60 % des Ougandais de 18 à 64 ans possèdent une entreprise (contre 4,6 % des Français de la même tranche d’âge).

Gnanki, 30 ans, est mère d’un petit garçon. Elle est également vice-présidente de Working Girl Paris. L’association réunit des business women et développe un réseau de professionnels. Elle oeuvre pour l’insertion des personnes handicapées dans les entreprises.

« Être femme ou noire est peut-être un handicap, mais croyez-moi, il y a pire. »

wgp-asso.com

Extrait du livre « 30 parcours d’entrepreneurs » – Cécile Hans