Patrick Rein : du minitel au web 2.0

Patrick Rein ActivisCapital Initiative revient sur la carrière de Patrick Rein, l’un des 30 entrepreneurs :

Patrick Rein écrit la première page de son parcours d’entrepreneur en 1986, soutenu par son épouse, puéricultrice. 3615 Bébétel est un serveur ingénieux pour aider les parents par minitel.

« Je ne sais pas exactement pourquoi, mais j’ai toujours aspiré à créer une boîte. »

Cette première tentative riche d’enseignements ne se passe pas exactement comme prévu. Composé de plus de 600 pages d’informations, dont une exclusivement consacrée au conseil et d’un forum, le produit se révèle assez complexe à gérer.

Qu’importe, l’expérience est un révélateur, un accélérateur, un bouillon d’idées à développer. Titulaire d’un DUT de gestion, Patrick entre en école de commerce à Paris et fourbit ses premières armes en devenant responsable export d’une société. Piqué d’informatique, il innove et crée huit ans plus tard le réseau international de consultants (ICNA), qui fonctionnera durant plusieurs années.

En 1996, il se lance un nouveau challenge en développant Links Conseil, une société de portage salarial. Il revendra ses parts en 2006. L’effectif était de 1 000 salariés. L’aventure du web débute en 2000 avec la création d’Activis, agence de référencement et de marketing digital, spécialisée dans la génération de trafic qualifié (référencement naturel et payant, marketing du contenu) et l’optimisation de la conversion (transformer la visite de l’internaute en un achat ou un lead).

Forte de sa croissance, l’agence a été remarquée par BPI France qui la distingue parmi les 2 000 entreprises françaises les plus prometteuses. Depuis, l’entrepreneur a eu l’occasion de développer en parallèle d’autres sociétés : Cubeo (prestataire de service informatique) et Beampulse (analyse de comportement de l’internaute et real time marketing).
Très pragmatique, Patrick booste le business des entreprises en ligne, mais pas uniquement. Il conjugue entrepreneuriat et responsabilité sociétale. Ce dernier souligne d’ailleurs :

« On peut trouver en tout homme une âme de créateur. Certains sont artistes, musiciens, bricoleurs. Je n’ai aucun de ces talents, mais la passion est créatrice. J’adore partir d’une feuille blanche et écrire mon destin dans l’action. Entreprendre, c’est agir. »

Sa définition de l’entrepreneur est laconique :

« Un entrepreneur est une personne qui trouve des solutions où les autres ne voient que des problèmes. » Pour réussir, l’idéal consiste à associer plusieurs entrepreneurs dans un même projet.

« Ensemble on est plus créatif, l’esprit de groupe stimule et permet de dépasser les limites. »
« L’argent n’est pas le but de l’entrepreneur. L’argent est secondaire. Le plaisir de créer, de voir naître un projet, voilà le challenge qui m’anime au quotidien. L’univers de l’entreprise confère une véritable liberté de mouvement, tout en imposant ses limites. Les entrepreneurs disposent d’une grande responsabilité et ne sont plus libres de changer de vie. Ils sont liés par leurs engagements. »

Si on lui demande d’évoquer un défaut, Patrick parle volontiers de « paresse consentie ».

« C’est une facette incontournable, qui doit caractériser un chef d’entreprise. Le patron doit avoir un côté fainéant pour déléguer. Que ce soit par paresse ou par incompétence, déléguer est une qualité qui nécessite la confiance en son équipe. »

Quant à la création d’entreprise, il est assez optimiste :

« On entend souvent dire que créer en France est compliqué. Honnêtement, je ne suis pas sûr que ce soit plus complexe qu’ailleurs. Certes, le changement des règles du jeu, une administration omnipotente et une paperasserie inutile sont des handicaps que personne ne nous envie. Le statut
d’auto-entrepreneur est certainement une bonne solution pour démarrer. »

Las, Patrick souligne également la problématique de l’image du chef d’entreprise en France :

« Il y a une confusion entre les grands patrons avec des salaires ahurissants, sans prise de risque personnelle et les entrepreneurs qui ne font qu’un avec leur entreprise. »

Accompagner les créateurs d’entreprise s’inscrit dans son ADN et dans sa vision de l’entrepreneuriat :

« Si je devais recréer une boîte aujourd’hui, je pense que je ferais mieux. L’expérience ne se transmet pas. Elle est une richesse pour qui veut entreprendre. Dommage que cette sagesse et cette maturité atténuent la fougue. La fougue est mère de l’initiative, de la créativité, du dépassement de soi. »

Lorsqu’on lui parle de business plan Patrick sourit en exprimant un doute.

« Prévoir, quantifier, chiffrer l’activité future est essentiel, mais jamais je n’ai tenu mon business plan. Les événements se déroulent rarement comme prévu ; c’est pourquoi il conseille aux futurs créateurs de trouver en priorité une idée dans leur domaine d’activité, avec un réseau de personnes qui sont des partenaires potentiels ».

Patrick met l’accent sur deux points primordiaux à ses yeux : être bien accompagné pour avoir de bons conseils, mais également se faire confiance en se fiant à ses convictions. Afin d’appuyer ces deux mantras, le chef d’entreprise fait référence à un exemple dans son expérience professionnelle : dans le bâtiment où il exerce aujourd’hui, il a fait le choix de l’architecte le plus cher et le plus original. Résultat : « Alors que les autres bâtiments de la zone ne sont pas complets. Le nôtre est toujours plein. »

« Coordinateur et impatient, ma vision de l’entreprises’articule de façon incontournable avec une direction à satête. »

Conscient qu’il n’aurait pas survécu au sein d’une structure hiérarchique rigide à l’image de la grande entreprise dont rêvaient ses parents, Patrick admet ne pas supporter les cadres figés. Son nouveau projet est en marche : le KM0, un incubateur d’entreprises sur une friche industrielle de 15 000 m2.
www.activis.net

Extrait du livre « 30 parcours d’entrepreneurs » – Cécile Hans