Thierry Hans : d’électricien à Directeur de journal

Thierry Hans Heb’di magazineCapital Initiative revient sur la carrière de Thierry Hans, l’un des 30 entrepreneurs :

À son entrée en sixième, Thierry Hans est un cancre. Son père, militaire de carrière, ne lui rend pas la vie facile. Le collège propose à ses parents de l’inscrire dans un centre professionnel et de pédagogie appliquée (CPPA). Ils préféreront le mettre dans une école privée de frères maristes. Thierry lit énormément, mais se désintéresse de l’école. Il quitte les livres pour un apprentissage en électricité. Il décroche son CAP à 18 ans.

Après un premier emploi dans l’électricité industrielle, il devient dépanneur de photocopieur chez Dubich, puis chez Ricoh. Malgré sa timidité maladive, Thierry postule à un poste de commercial. Le directeur lui rit au nez. Thierry persévère et réitère sa demande. Le directeur cède et accorde un essai de trois jours, sans conviction. Bingo.

Thierry surmonte sa timidité et devient en peu de temps le meilleur vendeur de l’entreprise. Il gravit les échelons, devient chef des ventes, directeur commercial. « C’est l’opulence. » Thierry roule en Mercedes, porte des costumes Hugo Boss. La routine s’installe. Il crée alors sa première société de vente et d’entretien de photocopieurs avec un associé. L’association n’est pas heureuse.

Thierry crée THC (Thierry Hans Consulting). Il propose des formations commerciales à l’ANPE. Sur son chemin, il croise Marc Zenou, directeur de Radio Star. Il embauche Thierry pour gérer Mélodie FM, une radio d’Alsace du Nord. Il se sent bien à ce poste où il est gestionnaire et commercial. La radio est retirée des ondes par les autorités. Thierry est licencié pour raisons économiques.

En 1997, il crée Tonic, un magazine de huit pages vendu à 8 francs. « Quand je lisais la presse, je restais sur ma faim. Il y avait un manque à combler. Je voulais compléter l’information faite par les quotidiens locaux, un groupe d’amis m’a suivi. Les trois premiers numéros étaient gentils. Je me
passionnais déjà pour l’histoire de l’Alsace ». Lors d’une recherche pour un article sur le musée du 6 août 1870 de Woerth, il rencontre le maire de la ville. Thierry est mis à la porte. Il dénonce le manque d’intérêt du maire pour l’histoire de sa commune. Le côté satirique de Tonic est né.

En treize ans, les révélations concernant les élus provoquent une avalanche de plaintes, une trentaine de procédures.

« Les pressions étaient plus fortes que la loi sur la presse. Je soupçonne un complot des magistrats du tribunal de Saverne contre Tonic. Un petit tribunal où élus et juges se fréquentent. »

Pourtant, Tonic se développe. De la forme associative, il passe en société et emploie trois salariés. 16, 32 puis 40
pages, écrites principalement par Thierry.

« L’idée n’était pas de créer une entreprise, je suis arrivé dans la jungle la fleur au fusil. »

 

Au bout de treize ans, la société réalise un million de chiffre d’affaires (édition du magazine, organisation du salon Haguenau expo, création de tracts publicitaires pour les supermarchés). En 2008, la banque met fin à l’autorisation de découvert de 30 000 €. Les frais de la société sont élevés. Le dépôt de bilan est inéluctable. Les salariés reprennent l’entreprise sous forme de SCOP. Le journal est géré par une partie de l’équipe : Thierry est écarté des décisions, certains de ses articles sont censurés.

« Ce n’était plus mon journal. »

En 2010, il crée Heb’di Hebdo avec le dessinateur Veesse. Une publication par semaine. La cadence est intenable. Rapidement, Heb’di devient un mensuel. Thierry utilise le statut d’auto-entrepreneur durant un an. La liquidation de Tonic bloque toutes ses démarches auprès des banques.
Thierry est marqué au fer rouge.

« Je ne peux même pas ouvrir un compte pour la société. Certains banquiers étaient très désagréables à mon égard en voyant que ma société avait été liquidée. J’ai pu ouvrir un compte grâce à des soutiens. Sans contact, Heb’di n’aurait pas existé. »

Les moyens sont limités, Thierry écrit presque tous les articles et a du mal à joindre les deux bouts. Peu à peu, des contributeurs extérieurs enrichissent la rédaction du magazine.

« Il m’a paru normal d’embaucher ces rédacteurs. Je suis allé jusqu’à quatre embauches. »

Manque de flexibilité, incompatibilité personnelle, coûts fixes, quel que soit le travail fourni. Cela n’était plus viable. Montant d’un licenciement : 15 000 €. Cela peut mettre une entreprise en péril.

« Certains syndicalistes se font un plaisir de casser du patron. Ils font un listing de toutes les condamnations pécuniaires possibles. Peu importe s’ils mettent en danger la société et que d’autres emplois soient sacrifiés. Leur idée fixe : le Code du travail ! Il leur est inconcevable d’imaginer que la situation du patron est souvent plus précaire que celle du salarié. »

Désormais, Thierry n’a plus aucun salarié et le regrette :

« Je suis social-démocrate. Une bonne relation employeur – employé constitue un lien social primordial. En cherchant à trop protéger les salariés, les syndicats tuent l’emploi. Ils oublient que sans patron, il n’y a pas d’employé et que sans employé, il n’y a pas de syndicat. J’hésite à embaucher. Le coût du licenciement peut être disproportionné et bien supérieur aux capacités financières de mon entreprise. »

Il consacre la moitié de son temps à la gestion et à l’administratif et l’autre à rédiger des articles.

« Si entreprendre ouvre une première porte vers la liberté, la liberté de la presse offre une liberté plus importante encore. J’ai une réelle satisfaction de voir le magazine paraître chaque mois. Chaque membre de l’équipe apporte sa contribution, ses compétences et ses idées. »

Thierry est l’âme d’Heb’di. La prochaine étape sera de réunir une équipe soudée afin que l’édition puisse se faire sans lui, après lui.

« Heb’di est un ovni dans le monde de la presse alsacienne. Satirique et caustique, le magazine est aimé et craint. L’équipe est composée d’individus de tous bords politiques. La presse quotidienne régionale est le porte-voix des élus, Heb’di est libre politiquement et financièrement. Nos associés
sont primordiaux. Sans eux, Heb’di n’existerait pas. Pourtant, ils n’interviennent ni pour nos sujets ni dans la manière de les traiter. »

Heb’di (« accroche-toi » en alsacien) est tiré à 15 000 exemplaires chaque mois.

hebdi.com

Extrait du livre « 30 parcours d’entrepreneurs » – Cécile Hans