Tom Korchak : être différent pour réussir

Tom Korchak Spring CoatingCapital Initiative revient sur la carrière de Tom Korchak, l’un des 30 entrepreneurs :

Tom Korchak semble être une exception : un Américain qui a créé son entreprise en France. Il qualifie son parcours de « bizarre ». Après l’université Emory à Atlanta, il crée sa première société de réalisation de documentaires, avec des amis, en 1986. Il en est le gérant.

« Je n’avais aucune connaissance dans le domaine. »

Il n’en avait nul besoin. Durant son MBA, (Master of Business Administration) à UC Berkeley, il est embauché par une multinationale qui produit des photopolymères pour l’impression d’emballages. À l’issue de ses études, cette société lui propose de devenir directeur des ventes et du marketing et, ensuite, directeur général de la filiale européenne.
Diriger une entreprise structurée n’est pas dans les gènes de notre entrepreneur. Le virus est réactivé : « Retournons aux États-Unis et je repars de zéro. » Pourtant, Tom ne cédera pas à la sirène de l’aventure entrepreneuriale américaine. Les enfants sont scolarisés en France, la famille s’y sent bien. Même si les perspectives financières sont limitées dans ce pays hostile à l’initiative, au risque, à l’entreprise. Tom décidera de reprendre une PME française.
En 2004, il rachète une société de fabrication d’encre. En 2006, il acquiert une entreprise produisant des caméras de contrôle pour imprimante. Aujourd’hui, ses activités sont regroupées sous l’enseigne : Spring Coating Systems. Une TPE dans un métier dominé par les grands acteurs. Il
propose une solution très spécifique dans le domaine de la chimie : encres, vernis et produits de nettoyage. L’innovation est une obligation.

« On se positionne comme le leader des encres à contact direct alimentaires, à la fois pour anticiper des réglementations plus strictes et éliminer les risques de toxicité dus à la migration des encres dans les emballages. »

Il espère avoir trouvé la niche. Pour Tom,

« le risque est d’être dans des produits communs. Alors, il faut innover en permanence et prendre le risque de se tromper ».

Il se demande souvent comment aurait été sa vie aux États-Unis, sans regret pourtant.

« On peut réussir en France. Les Français ont le sens de la valeur travail et sont prêts à s’impliquer avec leurs tripes. Malheureusement, le marxisme, la lutte des classes, une forme de haine à l’encontre du patron inhibe la société française. Pourtant, on est tous dans le même bateau ! Sans compter le mépris pour ceux qui réussissent, comme s’ils avaient volé leur succès. En réalité, les petits patrons gagnent souvent moins que leurs salariés. »

Tom pense que les Français sont autant entrepreneurs que d’autres nationalités. Les différences sont psychologiques : l’erreur et l’échec.

« Un entrepreneur va forcément commettre des erreurs. Ce qui est important est de se remettre sur le bon chemin. Le succès est une combinaison :
être au bon moment, avec la bonne idée, au bon endroit avec une excellente exécution de la stratégie. La réunion de tous ces paramètres est rare. Hors de ces circonstances, l’entrepreneur n’est pas mauvais pour autant ! »

Tom a trois filles et si l’une d’entre elles voulait créer une entreprise, il l’encouragerait sans hésiter.

« On ne crée pas une entreprise uniquement pour gagner de l’argent, mais pour le défi de faire quelque chose de différent. L’objectif est de suivre son propre chemin, avoir la liberté d’être autonome et assumer ses responsabilités. »

Pour Tom, le patron de PME doit être polyvalent : technicien, maître de son produit, manager du personnel, vendeur, avoir l’esprit positif, reconnaître ses défauts et s’améliorer sans cesse et, malheureusement dans bien des cas, tondre la pelouse devant l’usine le dimanche !

« À 13 ans, je ne me voyais pas travailler dans une entreprise structurée, je me voyais faire quelque chose de différent. À 49 ans, je suis toujours habité par cet adolescent. »

Avec le recul, il conseille de ne pas trop se précipiter. Trouver deux, voire trois personnes expérimentées, prêtes à être le miroir de vos idées, les critiquer pour s’assurer du positionnement.

Ne pas être différent peut être mortel. Si c’était à refaire, Tom attendrait d’avoir trouvé l’idée originale et un produit très différencié. Il choisirait un partenaire, on est plus efficace en binôme, deux cerveaux plutôt qu’un.

« Je n’ai jamais eu envie d’être le seul capitaine à bord. »
« Pensez que le temps prévu sera insuffisant. Ayez des réserves financières. La formation nous donne une boîte à outils pour la gestion, mais le bon sens est bien plus important. La théorie oui, mais avec humilité. »

Les satisfactions de la vie d’entrepreneur sont nombreuses :

« Le plaisir de voir un projet prendre forme et aboutir, le plaisir de donner du travail et créer une ambiance pour partager sa passion dans l’aventure de l’entreprise, le plaisir de rencontrer des individus de tous niveaux, dire que j’ai pris mon destin en main. »

Tom est pragmatique :

« Si j’ai été un bon entrepreneur, j’ai sans doute failli dans mes rôles d’époux et de père. Avec le temps vient la sagesse, elle nous apprend que nous ne pouvons pas tout faire. Alors, gardons toujours un espace, une disponibilité pour nous mêmes
et nos proches. La famille permet de se ressourcer. »

Tom est heureux lorsqu’il peut partager son expérience avec des candidats à l’aventure entrepreneuriale.
spring-coating.com

Extrait du livre « 30 parcours d’entrepreneurs » – Cécile Hans